Pour protéger, il faut
connaitre les espèces et savoir où elles se trouvent. En ce
qui concerne les plantes sauvages, leur connaissance in situ s'est grandement
améliorée grâce à la constitution d'inventaires
départementaux portant repérage cartographique des localités
abritant les espèces les plus rares. 3000 espèces sauvages ont
ainsi été inventoriées et classées.
Pour la région méditerranéenne
française, P.MOUTTE notait en 1980 que près de 500espèces,
sous-espèces ou variétés étaient menacées,
parmi lesquelles 298 couraient des risques sérieux, 137 étaient
au bord de l'extinction et 8 autres avaient déjà disparu au
cours des 30 dernières années. La plupart de ces espèces
sont inféodées aux dunes et rochers littoraux ainsi qu'aux zones
humides et marécageuses.
Les actions entreprises pour
préserver cette flore sont multiples. Le Conservatoire privilégie,
chaque fois que cela est possible, la conservation des plantes sauvages dans
leur milieu (conservation in situ). Cela passe par la sensibilisation des
responsables locaux et gestionnaires afin qu'ils intègrent ces données
dans leurs projets d'aménagement ou de gestion. Une autre étape
est celle de l'appui que peut apporter le Conservatoire aux gestionnaires
et techniciens concernant la mise en protection de secteurs abritant des milieux
rares, fragiles ou menacés, et dans certains cas aider à leur
réhabilitation. Pour certaines espèces particulièrement
rares, la seule gestion du milieu peut s'avérer insuffisante. Une compréhension
de la biologie de ces plantes (écologie, démographie, génétique,
) apparaît nécessaire. Parfois la constitution de doubles de
sauvegarde de semences en chambre froide, ou de plantes en culture, est réalisée.
Près dun millier despèces sont ainsi conservées
en banque de semences à Porquerolles. Les procédés les
plus modernes sont employés (congélation, ultra-dessication
).
Dans les cas extrêmes, les plantes sont cultivées ex situ, de
préférence à partir de graines afin d'entretenir le brassage
des gènes, avant de les réintroduire dans leurs localités
d'origine, ce qui implique évidemment la préservation de celles-ci
: conservations in situ et ex situ se complètent, plus qu'elles ne
s'opposent. L'utilisation des espèces protégées par la
loi s'opère dans le strict respect de la réglementation en vigueur
et du code déontologique des Conservatoires botaniques nationaux. C'est
ainsi qu'ont été multipliées au Conservatoire de Porquerolles,
des endémiques corses très menacées comme la naufragée
des Baléares (Naufraga balearica), la buglosse crêpue
(Anchusa crispa) ou bien encore la silène veloutée (Silene
velutina).
Le Conservatoire botanique s'intéresse
également aux espèces cultivées, notamment aux variétés
anciennes intéressantes pour leur patrimoine génétique.
Ont ainsi été constituées à Porquerolles d'importantes
collections de variétés traditionnelles d'arbres fruitiers méditerranéens.
Les vergers-conservatoires sur l'île de Porquerolles regroupent aujourd'hui
plus de 110 variétés d'oliviers, 40 de mûriers, 150 de
pêchers, 140 de figuiers et plus de 20 d'amandiers. Ces «variétés
de pays», délaissées par l'arboriculture fruitière
moderne, constituent un patrimoine culturel et scientifique précieux,
et, sans doute, une réserve pour l'avenir.
Le Conservatoire de Porquerolles
dépend du Ministère chargé de l'Environnement et son
fonctionnement est assuré par le Parc national de Port-Cros, auquel
il est rattaché. Il apporte une assistance scientifique et technique
auprès de nombreux gestionnaires d'espaces naturels, parmi lesquels
les Parcs nationaux et régionaux du secteur méditerranéen
français, le Conservatoire du Littoral, l'Office National des Forêts,
les Conservatoires régionaux des sites.
Un travail en étroite
relation avec des sociétés naturalistes et des universitaires,
mais aussi avec les autres Conservatoires et jardins botaniques français
comme avec le Muséum national d'histoire naturelle, permet au Conservatoire
botanique de Porquerolles d'appronfondir sans cesse ses connaissances sur
l'écologie, la biologie et la répartition des plantes.
À la faveur de programmes
européens de conservation des plantes sauvages ou de valorisation de
cultivars fruitiers, il a établi des contacts avec des organismes étrangers
parmi lesquels le Conservatoire et Jardin botaniques de la ville de Genève,
les Université de Liège, de Firenze et de Napoli, le service
environnement de la Région autonome de Valencia (Espagne), et divers
instituts de recherche dont IVIA en Espagne et NAGREF en Grèce.