10. Flore
Les espèces végétales
remarquables
Les îles de la Méditerranée
sont des terres d'asile, en particulier pour les plantes du Tertiaire qui
ont pu s'y réfugier et se mettre à l'abri des invasions végétales
liées aux fluctuations climatiques du Pléistocène. Les
îles abritent aujourd'hui encore, de nombreuses espèces relictuelles.
Si de petites îles méditerranéennes comme Port-Cros hébergent
une flore relativement peu diversifiée et plus pauvre que celle du
continent (la faible superficie des territoires offrant peu de milieux différents),
en revanche elles partagent souvent avec d'autres îlots, un contingent
d'espèces qui en sont exclusives et qui trouvent là leur ultime
refuge. Ces plantes dites endémiques, sont particulièrement
menacées et figurent souvent sur des listes européennes ou nationales
en tant qu'espèces exigeant une protection prioritaire.
Ainsi, de nombreuses espèces rencontrées sur les îles
d'Hyères, n'existent qu'en Méditerranée. C'est le cas
d'une plante marine : la posidonie (Posidonia oceanica) dont les herbiers
sont d'extraordinaires oasis de vie. Mais ils sont vulnérables, sensibles
à la pollution comme aux aménagements portuaires, aux endigages
et à l'action mécanique des ancres ou des engins de pêche
traînants. En outre, leur vitesse de croissance étant très
lente, leur régression est irréversible à l'échelle
humaine.
Parmi les espèces terrestres, plusieurs sont à citer : L'orobanche
sanguine (Orobanche sanguinea) qui parasite des plantes appartenant
au genre Lotus, et qui est parfaitement adaptée aux situations de micro-insularité.
C'est ainsi qu'en France, elle ne se rencontre qu'en Corse et dans le Var,
dont Port-Cros. En Méditerranée, on la retrouve notamment en
Grèce.
Plusieurs autres espèces, croissant dans l'archipel hyèrois,
sont des endémiques de Méditerranée occidentale. C'est
le cas de la barbe de Jupiter (Anthyllis barba-jovis), plante héliophile
que lon rencontre sur les îles d'Hyères et en quelques
rares stations de la côte rocheuse varoise, dont le Cap Lardier et dans
les Alpes-Maritimes, en Corse et en Languedoc. Son extension est limitée
par la densité du taillis de chêne vert. Elle est également
menacée par la concurrence interspécifique comme par les perturbations
dues à la fréquentation des sentiers littoraux. Le Var abrite
aujourd'hui les populations les plus nombreuses de France.
L'herbe aux chats (Teucrium marum), de plus petite taille et qui est
un peu le fleuron du sentier botanique de Port-Cros est en régression
dans cette île du fait de la fermeture du milieu. Aux yeux du profane,
elle ressemble au thym mais avec une odeur plus forte qui «exerce une
telle attraction sur les chats qu'ils [la] détruisent en se roulant
dessus dans une sorte d'ivresse» (JAHANDIEZ, 1929).
Le genêt à feuilles de lin (Genista linifolia), autre
espèce héliophile, atteint dans le Var sa limite nord-orientale
de répartition. Sur l'île de Porquerolles, ses populations qui
se sont bien développées, font l'objet d'un plan de gestion
. À Port-Cros, quelques populations existent aussi mais en très
petit nombre.
Le gaillet nain (Galium minutulum) est une autre espèce menacée,
passant souvent inaperçue en raison de sa taille. L'archipel hyèrois
abrite vraisemblablement les populations les plus nombreuses de France. C'est
d'ailleurs à partir d'échantillons provenant de l'île
de Porquerolles que cette espèce a été décrite
pour la première fois en 1845 (F.MEDAIL, 1996).
L'asphodèle de Chambeiron (Asphodelus chambeironii) est une
endémique de la région hyèroise et de la Corse. Elle
possède des caractères propres à deux autres espèces
d'asphodèles provençales dont elle serait probablement un hybride.
Une sous-espèce rare de la nivéole d'été (Leucojum
aestivum subsp. pulchellum), n'est représentée en France
que par quelques populations corses et varoises dont une station se trouve
sur l'île de Porquerolles.
Parmi les endémiques, il en est qui le sont strictement aux îles
d'Hyères. C'est le cas de la dauphinelle de Requien (Delphinium
requienii) uniquement localisée à Porquerolles, mais aussi
de la romulée de Florent (Romulea florentii), récemment
décrite (MORET et al., 1997). Cette romulée serait assez proche
des romulées du groupe corso-sarde, en particulier de la romulée
de Requien (Romulea requienii). Il s'agit là d'un indice supplémentaire
attestant de l'existence ancienne d'un massif protoligure qui, jadis, unissait
le massif des Maures aux îles d'Hyères, à la Corse et
à la Sardaigne. La romulée de Florent est représentée
à Port-Cros par un effectif de quelques centaines de pieds (F.MEDAIL,
1997).