13. Flore
Ce territoire a suscité un nombre considérable de travaux floristiques,
dont les grandes étapes sont marquées par Allioni (Flora Pedemontana,
1785), Villars (Histoire des plantes du Dauphiné, 1786-1789), Ardoino
(Flore des Alpes-Maritimes, 1869).
De 1871 à 1914, Burnat et ses collaborateurs quadrillent les Alpes
maritimes franco-italiennes (se référer à la page 58,
reproduction de la carte jointe au cinquième volume de sa monumentale
Flore des Alpes maritimes (1892-1931), achevée en 1985-1988 par Charpin
et Salanon (Boissiera, Volumes 36 et 41)). Avec sa thèse sur la végétation
de l'étage alpin dans le bassin supérieur de la Tinée
(1938), Guinochet «inaugure» une série de recherches phytosociologiques
et écologiques que mèneront Ozenda, Quezel, Lavagne, Barbero,
Lacoste, Lazare, Lejoly, Sandoz, Solichon
au cours du demi-siècle
dernier (se référer à la carte page 57).
L'exceptionnelle biodiversité de la région, due en particulier
à une grande variété des substrats, à la multitude
de microclimats étagés sur plus de 3000 m et à une position
privilégiée de refuge au cours des périodes glaciaires,
se traduit par un nombre très élevé d'ensembles d'espèces
ou éléments biogéographiques; par exemple chez les essences
forestières :
- élément à large distribution : chêne pubescent,
pin sylvestre, aulne blanc;
- élément méditerranéen : chêne vert, pin
d'Alep, pin maritime;
- élément médio-européen (épicéa)
ou subatlantique (sapin, hêtre);
- élément intra-alpin : mélèze, pin cembro;
- enfin, élément oriental, ici en limite d'aire occidentale
: ostrya, frêne à fleurs, chêne chevelu, pin mugho.
Fait remarquable, 7 genévriers sont présents. La flore méditerranéenne,
dont les emblématiques thyms et lavandes, pénètre profondément
le bassin supérieur des vallées, jusqu'à haute altitude
aux adrets.
L'importance de l'endémisme est un point caractéristique essentiel
de ce territoire. Reprenant les listes de Pawlowski (1970), Ozenda (1981)
dresse le constat suivant : «En laissant de côté le microendémisme
[
] parmi les espèces endémiques ou subendémiques
alpines, qui sont au nombre de 400 environ, une minorité (74 soit 19%)
existent à la fois dans les Alpes occidentales et orientales ou à
la charnière de ces divisions. Les autres se répartissent en
2 groupes presque équivalents, d'endémiques orientales (125
+ 48, soit 43%) et occidentales (133 + 16, soit 38%). Parmi ces dernières,
plus de la moitié sont présentes dans les Alpes maritimes et
plus du quart (39 sur 149) sont spécifiques au dernier massif.»
La figure (page 57) met en évidence les principaux types d'aires d'endémisme
dans les Alpes du Sud et montre combien le massif de l'Argentera-Mercantour
est concerné, notamment :
- par le groupe intra-alpin [5], avec 3 endémiques spécifiques
du massif siliceux (Saxifraga florulenta, Potentilla valderia, Silene cordifolia)
et 2 espèces de plus large distribution (Primula graveolens et Prunus
brigantiaca);
- par le groupe dit intermédiaire [6], avec Berardia subacaulis, Jovibarba
allionii, Viola cenisia, Campanula alpestris et Primula marginata.
Les autres groupes d'endémiques caractérisent surtout les basses
et moyennes montagnes ou les massifs calcaires périphériques.
Ainsi, comme le soulignait Pawlowski, les endémiques alpines sont majoritairement
calcicoles, rupicoles (plus de la moitié si on y ajoute les espèces
d'éboulis); les autres participent surtout aux groupements supra-forestiers.