Le chamois
Bénéficiant d'une forte image emblématique, le chamois
symbolise la faune de montagne aux yeux d'une grande partie du public. Il
existe de ce fait de la part des différents utilisateurs de la montagne
une importante demande d'information sur l'espèce et l'évolution
de ses effectifs dans le massif. Afin de pouvoir y répondre et d'obtenir
des données démographiques pouvant servir de base à l'élaboration
de principes de gestion, le Parc national du Mercantour procède régulièrement
à des recensements généraux de la population de chamois.
Cinq comptages ont ainsi été réalisés au cours
des 20 dernières années. Couvrant la totalité de la zone
centrale, ils ont lieu en automne, par la technique d'«approche et d'affût
combinés».
Un premier état des lieux
Le premier de ces comptages, en 1981, montra une densité moyenne de
2,7 chamois par km2 dans la zone centrale, et une répartition spatiale
très hétérogène des individus. Les animaux occupaient
en effet presque exclusivement les territoires des réserves de chasse
antérieures à la création du Parc national. Parmi celles-ci,
la haute vallée de la Vésubie abritait le noyau de population
le plus important, avec environ 10 chamois par km2. L'espèce était
en revanche quasiment absente de près de la moitié de la zone
centrale; seuls 2 individus avaient par exemple pu être observés
dans le secteur du Haut-Verdon.
L'évolution de la population depuis 20 ans
Ce premier recensement a été suivi en 1983 d'un comptage partiel
concernant 3 vallées, puis de 4 comptages généraux en
1986, 1989, 1992/1993 et 1997/1998. Le suivi ainsi réalisé a
mis en évidence un accroissement significatif du nombre de chamois
entre 2recensements successifs, avec à la fois une augmentation de
la densité des individus dans les secteurs où l'espèce
était déjà présente en 1981, et une diffusion
d'animaux vers des zones auparavant peu ou pas occupées. La population
a progressé en moyenne de 9% par an depuis 1981. En 1997/1998, l'effectif
de chamois en zone centrale atteignait ainsi 8000 individus, soit une densité
moyenne de près de 12 chamois par km2.
La dissémination de l'espèce se déroule selon un processus
que l'on pourrait, par analogie, qualifier d'«osmose» : les territoires
favorables les moins peuplés présentent en effet un fort pouvoir
attractif pour les individus à vocation colonisatrice, notamment les
jeunes mâles. Grâce à ce phénomène d'immigration
naturelle et à une dynamique de reproduction élevée,
les taux d'accroissement ont été les plus forts (en moyenne
15 à 40% par an sur 20ans) dans les secteurs à faible densité
de chamois (Haut-Verdon, Haut-Var, Haute-Tinée, Roya). En revanche,
les taux annuels moyens d'accroissement ont été seulement de
5 à 10% dans les secteurs à densité de chamois plus élevée
(Haute-Vésubie, Haute-Ubaye, Moyenne-Tinée). Cette progression
plus lente peut être attribuée à un taux de reproduction
moins élevé et à l'émigration d'individus vers
d'autres territoires.
On peut s'attendre à ce que, dans les prochaines années, les
effectifs de chamois de l'ensemble des secteurs du Parc suivent une courbe
de progression comparable à celle que l'on observe actuellement dans
les zones à densité élevée. Les possibilités
de colonisation seraient alors principalement dirigées vers la zone
périphérique, et peut-être au-delà de celle-ci,
si le mode de gestion cynégétique du chamois le permet.
En plus de cette colonisation naturelle, le Parc national participe depuis
1985 à l'effort de renforcement des petites populations des massifs
du Cheiron, de l'Estéron et du Mont Vial - Mont Brune.