1. Présentation générale
Les Parcs nationaux en Europe
Dans la trentaine de pays que
compte l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, on dénombrait en 1995, 220 Parcs
nationaux sur un total de 2000 dans le monde. Le pays précurseur fut en Europe
la Suède qui, en 1909, créa 9 Parcs nationaux comme Abisko, Garphyttan, Sarek,
ou Stora Sjöfallet. En 1914, la Suisse créa le premier Parc alpin (Parc national
suisse). Vinrent ensuite l'Espagne (Ordesa, Covadonga) en 1918, l'Islande
en 1928, la Finlande.
On entend généralement par Parcs nationaux des territoires qui dans un ensemble
homogène non exploité par l'homme, présentent des formations, paysages, écosystèmes,
espèces animales et végétales de grand intérêt.Leur gestion et leur protection
sont assurées par la plus haute autorité compétente du pays. En Europe, les
Parcs nationaux sont des territoires de protection de la nature qui prennent
toute leur valeur sur un continent où l'histoire de l'utilisation des terres
est très différente de celle de l'Amérique du Nord. La nature y a évolué sur
une très longue période, principalement depuis le néolithique avec des flux
et des reflux des forêts liés aux activités de l'homme plus encore qu'aux
variations climatiques. Les guerres, les migrations de populations, les changements
sociaux, les fluctuations économiques et démographiques ou les transferts
de propriété l'ont profondément modifiée. À la fin du XIXe siècle, bien peu
d'espaces restaient inutilisés. Aussi ne trouve-t-on aujourd'hui la nature
inexploitée que dans des zones isolées ou hostiles à l'homme : toundra scandinave,
côtes battues par les tempêtes des îles du nord de l'Écosse, glaciers d'Islande
ou falaises abruptes des Alpes ou des Pyrénées. Forêts, marais, fleuves et
lacs non exploités ou aménagés ne subsistent le plus souvent que dans les
pays de l'est de l'Europe. C'est dans ces régions que les Parcs nationaux
sont les plus sauvages et se rapprochent de la conception américaine qui a
prévalu lors de la création du premier Parc à Yellowstone en 1872.
Plus au sud, là où la civilisation
gréco-romaine s'est épanouie, l'homme européen a eu un rapport différent à
la nature. Après l'avoir subie, il s'est efforcé de la conquérir et l'aménager.
C'est pourquoi dans les pays méditerranéens, même les espaces naturels les
plus prestigieux portent jusque très haut en altitude l'empreinte de l'homme.
Pour autant, ce jardinage de la nature n'a pas systématiquement détruit la
diversité des milieux et des espèces. Il en a surtout modifié la répartition.
Aussi, dès 1972, la définition
des Parcs nationaux a-t-elle été renforcée et élargie en incluant des espaces
comprenant des paysages culturels protégés avec parfois des vestiges archéologiques.
Enfin, lors du congrès mondial de Caracas en 1992, les Parcs nationaux ont
été placés au centre des stratégies pour un développement durable. D'une part,
ils sont essentiels pour le maintien de la biodiversité (les écosystèmes,
les espèces et les variations génétiques qui constituent la diversité de la
vie) ; ils sauvegardent la diversité des espèces sauvages et cultivées et
leur procurent l'espace dont elles ont besoin pour vivre. D'autre part, en
protégeant des sites d'une beauté et d'une signification culturelle exceptionnelles,
les Parcs nationaux enrichissent la qualité de la vie de l'humanité par le
ressourcement qu'ils offrent aux populations européennes à 70% urbaines.
Les Parcs nationaux d'Europe
ne sont pas des terres isolées. Ils ne peuvent pas résoudre seuls les problèmes
d'intensification de l'usage des terres et de l'exploitation croissante des
ressources naturelles. Ils ne peuvent surmonter ces obstacles que de façon
ponctuelle. Mais en soutenant des programmes de recherche et la diffusion
des techniques de gestion des milieux naturels et des paysages pour leur conservation,
ils apportent leur contribution à une meilleure utilisation de l'espace naturel.
Ainsi apparaissent deux axes majeurs
dans la politique des Parcs menée en Europe. D'une part préserver ce qui reste
de nature non exploitée par l'homme et d'autre part entretenir la diversité
créée par les sociétés rurales traditionnelles. Seule la définition d'objectifs
de gestion en fonction de l'évolution des territoires environnants peut permettre
aux Parcs nationaux de faire les choix pertinents pour la conservation de
la diversité de la vie dans les cinquante prochaines années.