8. Végétation
Aux plus hautes altitudes, des fourrés bas couvrent les crêtes, s’étendant aux pentes soumises aux glissements de terrain. Ils cèdent bientôt la place à des hauts fourrés puis aux forêts d’altitude plus riches et dominées par le marbri. Hygrométrie élevée et fortes précipitations permettent à de nombreux épiphytes de s’installer dans les frondaisons des arbres.
Lorsque diminue l’altitude, la forêt se fait plus haute; c’est le domaine du bois rouge carapate et de la côtelette noire. Un peu plus bas encore, le gommier blanc vient se joindre aux arbres dominants. Ces formations d’altitude, hébergeant la plupart des endémiques antillaises, sont en partie incluses dans la zone centrale du Parc national.
Les précipitations devenant moins abondantes, l’activité des plantes est rythmée par les saisons mais la forêt reste toujours verte: c’est l’étage de la forêt sempervirente saisonnière. Cette formation, la plus majestueuse et la plus riche de l’île, aujourd’hui largement défrichée, ne subsiste que sous forme de reliques localisées dont certaines sont situées en limite du Parc national.
Au vent des reliefs, cet étage atteint le littoral où des peuplements boisés adaptés aux conditions moins favorables le remplace. Sous le vent des montagnes, un effet de fœhn d’autant plus prononcé que les crêtes sont élevées, limite l’étendue de la zone sempervirente saisonnière. Se développe entre la mer et 300 m d’altitude l’étage de la forêt semi-décidue, en partie dans la zone périphérique du Parc.
Dans le sud moyen, entre Baillif et le sud de Bouillante, aux conditions climatiques et édaphiques peu favorables, la végétation semi-décidue, atteignant 12 m et dominée par des légumineuses (Enivrage, Casse, Acacia), correspond à des faciès de dégradation de la forêt sèche originelle. Même dans les unités les mieux structurées, l’intervention de l’homme se manifeste par des modifications de la structure et de la flore (intrusion d’arbres fruitiers et d’espèces exotiques).
Au centre, entre le nord de Bouillante et Pointe-Noire, le tapis végétal, interrompu par les activités humaines, révèle des conditions moins sévères; l’effet de fœhn y est moins intense par suite de l’abaissement des montagnes. La canopée reste inférieure à 15 m. Des essences de bois noble appartenant au climax de la forêt semi-décidue et soumises à une exploitation abusive, sont aujourd’hui en péril. Elles subsistent dans des sites difficiles d’accès. L’originalité de la végétation arborée réside dans l’abondance du bois de rose et dans la fréquence en sous-bois des élégants bois-baguette et pompons rouges.
La pointe septentrionale entre Pointe-Noire et Deshaies et la pointe méridionale des Monts Caraïbes constituent des zones de transition où se mêlent les influences atlantiques et caraïbes. Les hêtre, bois d’Inde, poirier contribuent au paysage forestier pluristratifié. Le précieux tendre-à-cailloux, absent de Martinique, faisait jadis l’objet de contrebande entre la Caraïbe et l’Europe. Ces arbres coexistent avec des plantes affines des régions calcaires.
Certains facteurs viennent perturber cet étagement. Les végétations des horizons supérieurs descendent le long des rivières encaissées tandis que les plantes des étages inférieurs participent à la colonisation des crêtes aiguës. Le sol, l’exposition… multiplient les milieux à l’envi.
Sans doute la situation tropicale de l’île et la diversité des conditions environnementales expliquent la richesse de la flore arborée: en Basse-Terre coexistent 342 espèces d’arbres autochtones, soit trois fois plus qu’en France hexagonale.