6. La
géologie Une histoire vieille d'au moins
trois générations de montagnes
Le cur du territoire des Écrins est constitué, comme les massifs du Taillefer
et de Belledonne qui le jouxtent, de roches dites " cristallines " : gneiss et
amphibolites (roches vertes) fortement déformés au cours des métamorphismes
paléozoïques ; granites datés de 320 à 345millions d'années qui les recoupent. C'est
sur ce " socle " ancien, aplani à la fin de l'ère Primaire, que se sont
déposés, dans des plaines parsemées de lacs et de rivières, des vases et des grès
riches en débris végétaux qui se sont transformés en charbon. Ce charbon a été
exploité de façon artisanale ou industrielle jusque très récemment, en particulier à
La Mure et dans le Briançonnais.
Des montagnes nées de la mer
Le "cycle alpin" débute au Trias sous un climat chaud et aride. Des
sédiments se déposent alors dans une mer peu profonde. Ils forment des gypses et des
dolomies. Le volcanisme, lié au fonctionnement de grandes failles d'extension, survient
en même temps que la sédimentation. Il marque les prémices de l'ouverture de l'océan
alpin (ou Téthys -Ligure), qui se développe à l'est au Jurassique.
À partir du Lias, les failles découpent le socle en blocs plus ou moins abaissés et
basculés. D'épaisses séries de calcaires ou de marnes se déposent dans des bassins
marins, alors que sur les hauts-fonds, les dépôts sont réduits ou absents. Vers le
milieu du Crétacé, l'océan alpin commence à se refermer. La mer submerge encore une
grande partie de la région. Loin vers l'est, au Sénonien, la croûte océanique est
écaillée. Elle est recouverte d'une épaisse série rythmée de calcaire argileux
alternant avec des niveaux gréseux (le flysch) qui donnent aux montagnes un aspect
rubané. Les lits calcaires conservent les traces de vers dans ce "flysch à
Helminthoïdes". Dans le bassin du domaine dauphinois, des vases calcaires se
déposent et subissent des déformations liées à un raccourcissement nord-sud (1 - voir
schéma des principales unités structurales).
Pendant l'Éocène, des calcaires littoraux se déposent dans le Dévoluy et le Pays
des Arves. Un bassin se forme en réponse à la surcharge créée par les empilements
d'écailles qui se rapprochent. Des séries de flysch, comme celle des Aiguilles d'Arves,
et les grès du Champsaur s'y déposent. Une première nappe de flysch à Helminthoïdes
d'âge Crétacé (2) glisse dans ce bassin par gravité. À l'Éocène supérieur -
Oligocène, des plissements et des charriages successifs affectent toute la zone et
chassent la mer : le socle est écaillé, la zone briançonnaise chevauche la zone
dauphinoise (3) et une seconde nappe de flysch à Helminthoïdes arrive (4). Des bassins
situés en avant des fronts de chevauchement recueillent encore des produits d'érosion,
comme les grès du Dévoluy.
Enfin, au Miocène le socle cristallin se soulève. Les Alpes atteignent leurs
altitudes et positions actuelles. Depuis, les glaciations quaternaires ont modelé les
reliefs. De nos jours, des séismes secouent les Alpes par intermittence. Ils
correspondent, dans le Briançonnais, à des mouvements d'extension et de coulissement le
long de grandes failles et marquent un début d'effondrement de cette partie de la chaîne
alpine (5).
Centres de documentation : CCSTI à l'Argentière-la-Bessée, musée et centre de
géologie alpine du Haut Dauphiné à Bourg d'Oisans, Parc national des Écrins à Gap.
L'homme et le minéral
De tous temps, l'homme s'est servi du minéral pour se loger, se chauffer, fabriquer
ses outils et ses monnaies. En témoignent les innombrables traces d'exploitation
artisanale ou industrielle encore visibles : carrières de pierres de taille, d'ardoises,
de calcaire à chaux ou à ciment, de gypse pour le plâtre, mines de charbon, de
graphite, de plomb, d'argent, de zinc, de cuivre, d'or, filons de "cristaux".
Plus de 90sites présentent des vestiges importants et évoquent cette histoire dans le
Parc national des Écrins. En étudiant les anciennes mines d'argent de
l'Argentière-la-Bessée, les archéologues ont reconnu des techniques d'exploitation
utilisées au Moyen Âge. Ces vestiges sont parfois les seuls indices d'un riche passé de
vie commune entre l'homme et la montagne. Depuis, l'homme s'est fait naturaliste puis
géologue pour essayer de comprendre l'origine des cimes qui le dominent. Par
l'omniprésence du minéral, les montagnes constituent autant de "pierres de
Rosette" pour traduire leur histoire. Il est donc parfois utile de préserver
certains sites afin de conserver intacte cette mémoire de pierre.